Une page blanche, et tellement de
choses à te dire.
Les mots ont toujours eu du mal à
sortir, je n’arrive pas à m’exprimer, à dire ce que je pense réellement.
C’était tellement facile de t’embrasser en évitant ton regard plutôt que de
parler, à cœur ouvert et mes yeux dans les tiens. Et tout le monde préfère la
facilité. Je sais bien que ça ne sert à rien que je regrette certaines choses,
car je ne pourrais rien n’y changer...
Hier soir, beaucoup de questions
me trottaient dans la tête et j’aurais voulu t’appeler pour y trouver une
réponse, mais tu n’avais apparemment pas envie, et aujourd’hui j’ai tout
oublié.
J’ai repensé hier soir à nous,
depuis le début, et à l’exception de ces deux dernières semaines, ça a vraiment
été une belle histoire. Etonnante. Mais super.
Au tout début, j’aurais parié
n’importe quoi que j’aurais continué à être froide et distante avec toi, comme
je l’avais toujours été, j’aurais parié n’importe quoi que jamais je ne
m’attacherai à toi. Je ne sais pas combien de temps ça a pris avant que je
comprenne que c’était déjà trop tard, et je n’ai pas compris comment ça avait
pu arriver. Parce que c’était la première fois.
On a vécu des trucs pas cool au
début, mais je crois que d’un côté ça nous a beaucoup rapproché, et je voulais
aussi te remercier d’avoir été là à ce moment là, parce que beaucoup de
personnes ne l’auraient pas fait. C’est peut-être ça, qui m’a mis en confiance,
qui m’a donné envie de t’aimer. Après, ça a été deux mois absolument géniaux.
Je me levais chaque matin, heureuse d’aller au bahut, puisque j’allais te voir.
Je n’avais plus aucune notion du temps, je ne savais plus si ça faisait deux
jours ou trois semaines que nous étions ensemble. Et après tout je m’en
foutais.
On a passé beaucoup de supers
moments, et je dois dire que dans ces moments là je n’ai jamais été aussi
heureuse d’être avec quelqu’un. J’ai appris à t’aimer, toi et tes chaussettes
trouées, et même ton requiem de Mozart, même si j’l’écouterai pas de ma propre
volonté, faut pas pousser. Tout le monde venait me voir et me disait qu’on
allait très bien ensemble, qu’on avait l’air vraiment amoureux, et que moi,
j’avais changé. Je rougissais et j’avais les yeux qui brillent en leur
répondant, que oui, nous deux c’était sympa.
Mais tout le monde n’était pas dupe,
c’était bien plus que ça. Hier, j’ai relu tes messages, et je ne savais pas
trop si ça me rendait heureuse ou me faisait pleurer, alors je souriais avec
les larmes aux yeux. J’étais à la fois heureuse et triste.
Je me suis rappelée ces moments,
au début, de la première fois où tu as pris ma main, à tout le reste. Les
premiers messages qu’on s’envoyait, quand j’étais en Espagne. Quand on
s’est embrassés pour la première fois. Ce genre de souvenirs que j’étais
persuadée d’avoir oublié parce qu’on en avait vécu, des trucs, depuis. Mais ces
souvenirs étaient intacts, enfouis quelque part, et tout m’est revenu en pleine
gueule à la vitesse d’une bombe.
On m’a trop souvent reproché de
toujours me tourner vers le passé, de refuser d’avancer, mais ça fait seulement
deux jours, alors oui, je m’autorise à ressasser les souvenirs encore un peu.
Même si ça fait du mal.
Je n’ai pas compris, pourquoi, du
jour au lendemain, tout a changé. Je saurai te dire le jour précis, le 22 mai.
La fête du bahut. Pourtant, tout allait bien, tout était vraiment bien. Je me
repasse le film de la soirée et je ne comprends plus. On s’était (euh surtout toi) torchés au Martini,
et je me souviens de m’être changée et d’être entrée dans la chambre, et toi tu
m’as regardé avec ce regard si spécial qui me donnait l’impression d’être
Aimée, vraiment.
Je n’aurais jamais pensé que ce
serait la dernière fois que tu me regarderais comme ça. Et la soirée, la
soirée… Il s’en est passé des choses. Des bonnes, des mauvaises, surtout des
mauvaises. Je me souviens qu’à la fin de soirée, tu m’as prise dans tes bras,
et je pleurais. Ce n’est pas l’alcool bad, comme je t’avais dit.
Y’avait autre chose.
Premièrement, quelque chose dont j’aurais voulu te parler mais j’aurais du mal
à le faire. Parce que j’ai peur de ta réaction. Je ne sais pas ce que tu
pourrais dire, sans doute que tu dirais rien et ça me ferait encore
plus mal.
La deuxième raison, c’est que
j’avais déjà compris que quelque chose avait changé. Je n’avais plus cette
impression qu’on se suffisait l’un à l’autre, j’avais déjà l’impression que tu
m’échappais, doucement.
Et ce concert des Servants… Ce
n’est pas sur le chanteur que j’aurais dû me jeter, mais dans tes bras. Je l’ai
regretté, tu sais, ça aurait sans doute tout changé. Mais c’est ainsi. Et le
temps a passé, je voyais que je te perdais, mais je ne voulais pas me l’avouer.
J’ai commencé à te mettre la
pression. Sur tes potes, ta vie, j’étais persuadée que si je te changeais tout
irait mieux, parce que j’étais persuadée que c’était de ta faute. Personne
n’aime reconnaître ses tords, surtout quand il s’agit de la personne qu’on
aime. Alors je t’envoyais des messages, je te reprochais des choses que je
crevais de ne pas réussir à te dire en face. Je fuyais les mots, je parlais de
moins en moins. De la pluie et de beau temps. Parce que j’avais trop de choses
à dire, mais peur d’entendre les mots sortir. Peur de moi. Et de toi aussi.
Peur pour nous. J’aurais aimé que les mots sortent, rien qu’une fois. Même si
ça n’avait rien changé. Parce qu’aujourd’hui tout est fini et qu’on n’aura
jamais réussi à parler à cœur ouvert. Et que ça nous a manqué, je crois.
Plus j’insistais, et plus j’avais
l’impression de te perdre. Alors je me suis renfermée sur moi-même, je crois,
j’voulais pas te montrer que tout ça me blessait. Alors j’ai remis cette
carapace autour de moi, tu sais bien, celle de Marion « l’insensible
connasse qui ne ressent jamais rien pour personne et joue avec les mecs ».
Je cherchais encore et encore la cause de ce désastre.
Je te prenais dans mes bras, et
là, j’avais compris, que tu ne m’aimais plus vraiment. Je l’avais compris
depuis longtemps, mais je voulais me le cacher. Je me cachais le fait que tu ne
me regardais plus, je voulais me cacher nos silences et nos erreurs, je voulais
me cacher le fait qu’on était en train de couler.
J’avais peur de te perdre, peur
de renoncer à cette belle histoire qui a été la nôtre, à tous ces instants de
bonheur. Si ça avait été bien au début, alors pourquoi ça ne pourrait pas le
redevenir ? Cette question, je me la posais vingt fois par jour.
Alors j’ai pris la décision de te
parler. J’aurais voulu tout te dire, à cœur ouvert. J’aurais été assise sur ton
balcon, une clope à la main, et j’aurais regardé au loin pour ne pas lire dans
tes yeux toutes ces choses qui n’étaient que trop vraies. J’aurais caché mes
larmes, comme je l’ai toujours fait, par fierté. J’ai toujours été fière, trop
fière.
Je crois que j’aurais aimé qu’on
pleure ensemble, pourtant. Voir que tout ça te touche, au lieu que je continue
à ne pas bien savoir ce que tu as ressenti dans cette histoire. Je te sentais
tellement froid, distant. Alors, oui, je ne sais plus vraiment quoi penser.
Et j’ai reçu ton sms. Ca m’a fait
l’effet d’un coup de poing en plein ventre, les larmes ont coulé, mais je ne
les sentais pas, et j’ai eu l’impression qu’un truc s’est déchiré en moi, sans
pour autant savoir dire quoi. J’avais envie de hurler, mais le son ne sortait
pas. C’était simplement ce que je ne savais que trop bien qui se réalisait… C’était
la fin, celle que je prévoyais sans pour autant vouloir y croire.
Je ne vais pas te dire que ça a
été facile. Ni que c’est facile maintenant. J’écoute Metro, de SOAD, et c’est
vrai qu’elle est belle. La dernière chanson qu’on a écoutée ensemble. Elle tourne
en boucle, ce matin. J’ai une boule dans la gorge, et je ne sais plus quoi
penser.
Hier, j’ai parlé de tout ça à
Rilou. J’avais du mal, les mots ne sortaient pas, j’avais les larmes aux yeux
et j’étais persuadée que d’un instant à l’autre j’allais éclater en sanglots.
Je crois que personne ne m’avait jamais vu comme ça pour un mec. Je crois que
je n’avais encore jamais été comme ça pour qui que ce soit…
J’aurais aimé connaître
précisément nos erreurs, j’aurais aimé réparer notre histoire, j’aurais aimé
qu’on parle, vraiment, une fois seulement. Il y a tellement de non-dits que
j’aimerais connaître, de silences que j’aurais voulu combler. Si j’avais su,
lundi, que je t’embrassais pour la dernière fois, je l’aurais fait
différemment, je crois.
J’aurais rangé ma rancœur et
cette haine que j’avais en moi au placard, et je t’aurais dit, une fois
seulement, « Je t’aime » en te regardant dans les yeux.
Parce que oui, je t’Aime, même si
je ne l’ai jamais dit. J’avais envie, parfois, de te le dire, et de passer la
main dans tes cheveux, que tu me souries et me dise que toi aussi. Est-ce que
ça aurait tout changé ? Je n’en sais rien, personne n’en sait rien. Mais
j’aurais aimé te le dire, rien qu’une fois, parce que ces mots n’ont jamais
franchi mes lèvres et que pourtant, pour la première fois, je les ai pensés.
Si notre histoire ne s’était pas
dégradée, je crois qu’elle aurait pu durer longtemps, vraiment.
Tu sais, j’ai longtemps cru que
j’étais incapable d’aimer. Je sortais avec des mecs, sans rien ressentir.
Aucune joie, aucun bonheur, aucune souffrance. Et ce qu’ils disaient de moi. Tu
t’en souviens, quand je te sortais d’horribles couplets sur les mecs, quand je
n’en n’avais rien à foutre, et que je te racontais ça, à toi ?
Je me foutais ouvertement de leur
gueule, je jouais avec leurs sentiments, c’est ce que j’avais toujours fait. Et
pourtant, tu as pris le risque. Et je t’ai Aimé. Vraiment, sincèrement, sans me
poser de questions. Et je me suis prouvée à moi-même que je suis humaine.
Capable de donner quelque chose de moi. Est-ce que j’ai trop donné ?
Peut-être.
Parce que tu as compté
pour moi beaucoup plus que j’ai voulu te le montrer, et je crois que tu
l’avais compris depuis longtemps. Hier soir, je me suis demandé si c’était
mieux de ne ressentir aucun sentiment, ou d’être amoureux et d’en souffrir
ensuite ?
J’y ai longuement réfléchi,
pendant que j’essayais de t’appeler et que tu ne répondais pas, et je crois que
j’ai trouvé la réponse. Je crois qu’il vaut mieux aimer, et en souffrir
ensuite.
Je voulais te remercier. Pour
tout ce que tu m’as apporté. Pour tous ces moments passés ensemble, ces bons
moments. Je voulais te remercier pour ce que tu m’as montré de toi. Et de
moi-même. Te remercier de m’avoir aimé, et avoir réussi à m’apprendre à t’aimer.
Te remercier de toutes ces choses
qu’on a vécues ensemble, et qui m’ont rendu heureuse. Oui, ça sera dur maintenant, de « passer
à autre chose », de me forcer à t’oublier, de te croiser et te
reconsidérer comme un pote.
Mais je pense que tout ça nous a
rapproché. Et qu’on va repartir sur de meilleures bases. Oublier ces deux
dernières semaines et comment tout ça s’est fini. Ne retenir que les bons
moments et continuer à avancer. Parce que qui sait… Peut être qu’un jour on se
retrouvera, et on saura continuer à être heureux. Peut-être pas.
J’ai peur de demain, peur du
futur, mais je prends le risque de regarder dans cette direction et d’avancer.
Je voulais simplement terminer ce long discours en te disant que je tiens à
toi. Sincèrement. Je n’ai pas envie de te croiser dans la rue et de devoir te
tourner le dos. Je n’ai pas envie de baisser les yeux quand je te parle. Ou ne
plus te parler du tout. Alors, oui, je vais faire des efforts, essayer de
trouver les mots. Pour ne pas te perdre totalement cette fois. Et en souvenir
de ce que nous avons été. De ce que j’ai été à tes côtés. Une fille heureuse et
comblée. Et en souvenir de ça, oui, je suis prête à faire des concessions.
Tu es sans doute blasé de lire ce
tas de conneries qui s’enchaînent, je ne suis pas certaine que tu sois le genre
à avoir la larme à l’œil. Et bien tant pis, j’aurais été sincère. Et pour la
première fois de ma vie, rangé l’espace d’un instant cette putain de fierté
tout au fond de moi. Pour te parler vraiment, et sincèrement. J’espère que tu
peux comprendre. J’espère que tu comprends. J’espère que tu me diras ce que tu
penses.
J’espère…. l’espoir fait vivre,
non ?